Culture de proximité et Démocratie – un choix politique
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Sortir la culture de l’angle mort suppose un choix politique

I – Décentralisation culturelle : sortir la culture de l’angle mort

À l’heure des élections municipales, la culture demeure l’angle mort du débat public. Pourtant, derrière les arbitrages budgétaires aujourd’hui en défaveur des crédits culturels — placés sur la sellette des coupes d’austérité — se joue une question éminemment politique : quelle place accorder aux initiatives culturelles citoyennes dans notre démocratie locale ?

Le Livre blanc de la décentralisation culturelle1, proposé par une quarantaine de réseaux nationaux, remet ce débat sur la table. Nous attirons notamment votre attention sur la contribution de l’UFISC2 qui y défend le fait que les initiatives culturelles citoyennes ne sont ni des opérateurs administrés, ni des entreprises lucratives mais avant tout des viviers pour préserver la démocratie.

II – Une dérive silencieuse : la culture mise en concurrence

Depuis plusieurs années, la logique des appels à projets et de la mise en concurrence s’est imposée. Les subventions se raréfient ou se transforment en quasi-commandes publiques. Les associations sont sommées de prouver leur rentabilité, leur “impact”, leur capacité à survivre avec toujours moins.

Ce glissement n’est pas technique : il est politique !

Les structures culturelles de l’économie sociale et solidaire reposent sur une économie plurielle — subventions, ressources propres, engagement bénévole, coopération — et sur une gouvernance non lucrative. Elles produisent du lien social, de l’émancipation, de la participation citoyenne.

Déambulation dans la ville de Caumont-sur-Durance lors du festival Chez Vous 2025

Les fragiliser, c’est fragiliser l’infrastructure démocratique des territoires. C’est fragiliser la dynamique d’adaptation, d’imagination des territoires et de ses populations.

III – Sanctuariser les subventions : un choix clair

Face à cette situation, les propositions sont concrètes.

Il faut d’abord sanctuariser les subventions, notamment de fonctionnement, qui garantissent la stabilité de l’emploi culturel et la continuité des projets. Cela passe par :

·        le renforcement des conventions pluriannuelles d’objectifs (CPO), si possible pluripartites ;

·        la possibilité d’affecter les excédents aux fonds propres ;

·        une simplification administrative réelle et le versement systématique d’avances ;

·        une évaluation partagée, qualitative autant que quantitative.

La subvention n’est pas une faveur. Elle est un instrument d’intérêt général.

Il est également nécessaire de sécuriser juridiquement ces financements au regard du droit européen et d’ouvrir le débat sur un véritable droit au financement des associations d’intérêt général, reconnaissant leur rôle dans la participation citoyenne. Les financements croisés entre collectivités doivent être encouragés : ils traduisent une coopération territoriale active.

IV – Coopérer plutôt que fragmenter

La décentralisation culturelle devrait soutenir les dynamiques de coopération : collectifs artistiques, lieux partagés, sociétés coopératives d’intérêt collectif, groupements d’employeurs, coopératives d’activité. Ces formes issues de l’économie sociale et solidaire inventent des modèles plus solidaires et plus résilients.

Le festival ON 2025 à Caumont-sur-Durance

Elles nécessitent des financements hybridés, pensés pour la coopération plutôt que pour la compétition permanente.

Décloisonner les politiques culturelles avec l’éducation, la transition écologique, l’économie ou la cohésion territoriale est également une condition pour sortir d’une vision sectorielle et défensive.

V – Et maintenant, quelle politique offensive ?

Sécuriser l’existant ne suffira pas si les budgets culturels continuent d’être comprimés !

La France a affiché pendant des décennies l’objectif symbolique du « 1 % culturel ». Dans les faits, la majeure partie des financements publics reste concentrée sur les grandes institutions, le patrimoine. La culture de proximité — associative, citoyenne, territoriale — demeure structurellement sous-dotée.

Alors pourquoi ne pas ouvrir un débat plus ambitieux ?

Assumer un objectif de 2 % culturel3, apporterait un changement de paradigme sur la lecture de la culture de proximité et le secteur associatif et coopératif !

Un tel choix permettrait :

  • de recréer une dynamique de création d’emplois consolidés dans le secteur culturel de l’économie sociale et solidaire ;
  • de soutenir des projets artistiques mieux répartis sur l’ensemble des territoires, y compris ruraux ;
  • de renforcer les coopérations locales ;
  • d’ancrer concrètement les droits culturels dans l’action publique. 

Sortir la culture de l’angle mort suppose un choix politique.

La décentralisation culturelle est à la croisée des chemins. Soit elle devient un instrument d’ajustement budgétaire et de mise en concurrence. Soit elle assume d’être un levier d’émancipation et de démocratie territoriale.

Aux candidates et candidats des prochaines élections de clarifier leur position.

La culture n’est pas un coût à contenir. Elle est une condition de la vitalité démocratique.

Assumer le 2 % culturel serait un signal fort : celui d’une République qui considère enfin la culture de proximité comme un pilier de sa démocratie.

Article de Aurélie Foltz – mars 2026

  1. Livre Blanc – https://www.artcena.fr/sites/default/files/medias/LIVREBLANC_21JANV26.pdf ↩︎
  2. Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles regroupe des réseaux, fédérations et organisations professionnelles du champ culturel et artistique – ↩︎
  3. Bruno Colin – Culture & Proximité n°4 – https://www.opale.asso.fr/IMG/pdf/1997_culture___proximite_n4_opale.pdf ↩︎