Retour sur la formation-laboratoire « La Jalousie »
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Quand la recherche artistique devient un espace de transmission

Pendant onze jours, actrices, acteurs, musiciennes, musiciens, metteuses et metteurs en scène, ainsi que des artistes venus d’horizons différents, se sont retrouvés à Avignon pour explorer la jalousie comme matière de création, dans une approche où le théâtre dialogue avec la musique, le mouvement et l’image.

Cette formation-laboratoire « La Jalousie – Théâtre en musique et en image », autour de la méthode Théâtre Brut conçue et développée par Nikson Pitaqaj, s’est achevée par une restitution publique au Théâtre des Carmes.

Mais cette présentation finale n’est qu’une étape d’un processus de recherche. La formation est avant tout un espace d’expérimentation où l’apprentissage naît de la pratique, de l’observation, des échanges et de l’expérience vécue au plateau.

Vivre la scène avant de dire le texte

L’un des aspects les plus marquants pour les stagiaires est la découverte d’une méthode qui inverse les habitudes de travail.

« Au lieu d’apprendre le texte par cœur avant de faire la scène, on fait l’inverse. On vit d’abord la scène de l’intérieur. Le texte vient ensuite, porté par les émotions, les enjeux et les personnages. »
Noémie Nowak

Cette approche place le corps, l’écoute et la relation au partenaire au cœur du jeu. Les contraintes proposées — rythmes différents, intentions opposées, dialogue avec la musique, le mouvement ou l’image — deviennent des moteurs d’invention.

« Ces contraintes obligent à être tout le temps en mouvement, dans l’écoute de ce que les autres proposent. Cela rend le travail extrêmement vivant. »
Noémie Nowak

Pour Lina Cespedes, cette expérience transforme le rapport au personnage :

« C’est un travail où le corps exprime les choses avant le texte. On devient d’abord le personnage et la situation. Le texte vient ensuite. C’est passionnant. »

Retrouver l’esprit de troupe

Parmi les regards portés sur cette formation, celui de Christine Matos, comédienne et observatrice du travail mené par la compagnie, souligne une qualité devenue rare selon elle : l’esprit de troupe.

« Ce qui me frappe d’abord chez Nikson Pitaqaj, c’est qu’il a à plus de 100 % l’esprit de troupe. Aujourd’hui, cela s’est beaucoup perdu. Et pourtant, cela se ressent immédiatement. C’est extrêmement enrichissant. »

Elle reconnaît dans le Théâtre Brut une démarche fondée sur la sincérité et la confiance accordée aux interprètes.

De son côté, Lina Cespedes insiste sur la liberté donnée au comédien :

« On est sincère, on entre dans un personnage, puis on peut en sortir pour en explorer un autre. On a l’autorisation, en tant que comédien, de le faire. C’est énorme. Beaucoup de metteurs en scène ne donnent pas cette possibilité. »

Cette liberté d’exploration nourrit un travail au plateau où les propositions évoluent par l’expérimentation, les essais et les ajustements successifs.

Une création nourrie par les disciplines

La richesse de cette formation repose également sur le dialogue entre les disciplines.

Théâtre, musique, création sonore et recherche audiovisuelle se rencontrent pour ouvrir de nouvelles possibilités de jeu et de narration.

Comme le souligne Sébastien Lanz :

« Le regard du comédien n’est pas celui du réalisateur ou du musicien. Ces approches différentes sont complémentaires et nourrissent la création. »

La musique devient ainsi un véritable partenaire de jeu :

« On prend rarement conscience de son importance, alors qu’elle traverse toutes les émotions humaines. Sur scène, elle devient un formidable moyen de toucher le public. »

L’expérimentation autour de la captation vidéo immersive à 360° a également permis d’explorer de nouvelles formes de transmission et de prolonger l’analyse du processus de création au-delà du temps du stage.

Un laboratoire qui continue après la scène

La restitution publique ne marque pas la fin du travail, mais une étape dans la recherche.

Les échanges entre stagiaires, intervenants et spectateurs participent pleinement au processus d’apprentissage.

Comme le rappelle Naïma Gueribi, musicienne intervenante :

« Les retours sont indispensables. Ils enrichissent la réflexion, ouvrent de nouvelles pistes et permettent de voir ce que l’on ne perçoit pas lorsqu’on est sur scène. »

Cette circulation entre pratique, observation et analyse constitue l’un des fondements de la pédagogie développée dans cette formation-laboratoire.

Découvrir le reportage et poursuivre l’expérience

Le reportage réalisé pendant ces onze jours témoigne de cette aventure artistique et humaine. Il donne à voir les ateliers, les répétitions, les temps de recherche et les témoignages de celles et ceux qui ont participé à cette expérience. Pour découvrir le reportage c’est ICI

Nous vous invitons à découvrir ce reportage et à prolonger cette expérience lors du prochain stage « Théâtre engagé ou à dégager », qui se déroulera du 31 août au 12 septembre 2026 à Avignon, sous la direction de Nikson Pitaqaj, autour de l’histoire du Théâtre des Carmes et de l’héritage d’André Benedetto.