Focus sur la Compagnie Arrangement Théâtre, membre de la coopérative Motra et son artiste associée Valérie Durin, autrice de la dernière production de la coopérative, « Coeur Serré ».
Génèse et évolution
Valérie Durin, après trois années au Conservatoire National de Région de Besançon, commence sa carrière à 19 ans au Centre Dramatique National de Franche-Comté dirigé par Denis Llorca. Denis Llorca est alors un jeune metteur en scène qui a marqué son époque avec des spectacles fleuves (Les Possédés de Dostoïevski, Kings (les rois de Shakespeare), Les Chevaliers de la Table Ronde d’après Chrétien de Troyes, un spectacle de douze heures, et des films d’auteur, créations auxquelles prend part Valérie Durin.
S’ensuit 40 ans de carrière ininterrompue en tant que comédienne avec de nombreux metteurs en scène dont Yánnis Kókkos, Jérôme Savary ou Serge Lipszyc avec qui elle joue pendant 20 ans. À cette casquette s’ajoute celles d’autrice puis de metteuse en scène à partir de 1996 lorsqu’elle crée le spectacle Quatre actes avec Olga d’après Anton Tchekhov.

Avec 17 pièces écrites et créées depuis (dont 4 éditées), Valérie Durin affirme sa démarche artistique vers une recherche de l’authenticité et s’attache aux histoires vraies. Passionnée de textes classiques, elle s’intéresse notamment aux grandes figures historiques et à leurs histoires : Molière, Corneille, Racine ou encore Robespierre et Boulgakov. Son intérêt se porte sur l’absurdité et la dérision des relations humaines, fortement inspirée par Tchekhov qu’elle désigne comme « un grand auteur comique ». C’est à l’intérieur des situations tragiques qu’elle cherche la dérision et l’humour.
Racines et transmission
Arrivée en résidence avec la compagnie du Matamore en 2004 à Auxerre, où elle co-dirige avec Serge Lipszyc l’école du théâtre, elle découvre les attraits de la transmission et de la pédagogie. En 2006 elle obtient le Diplôme d’Etat d’enseignement du théâtre pour compléter sa formation de professeur, et cette même année elle commence ses ateliers de théâtre en prison dans la région, qu’elle continue à mener depuis 20 ans malgré les difficultés budgétaires en milieu carcéral.
Conjointement à l’enseignement dispensé dans la région, elle participe à la vie artistique et culturelle locale.

Après avoir été aidée par le département pour la création du spectacle Corneille Molière l’Arrangement, commandé par la scène conventionnée d’Auxerre qu’elle écrit en 2010. Elle fonde finalement sa compagnie Arrangement Théâtre à Auxerre en 2013 pour s’implanter durablement.
Depuis, elle écrit différents projets à des fins professionnelles mais aussi amateurs.
C’est le cas de Numéros d’écrou, pièce écrite en 2017 pour la troupe des anciens élèves de l’école de théâtre d’Auxerre qui relate de son expérience en milieu carcéral.

L’art comme un jardin à cultiver
Son travail s’inscrit dans la durée, elle note l’importance de la récurrence des cours et des ateliers (en prison ou au conservatoire) permettant de faire grandir des projets au long cours, donnant lieu par exemple à la création d’une troupe amateur après les 3 années à l’école de théâtre d’Auxerre, à l’autorisation exceptionnelle de représentations publiques hors du milieu carcéral, ou encore à la continuation de la pratique théâtrale par d’anciens détenus après leur sortie de prison.
L’apprentissage de la pratique théâtrale en milieu carcéral lui permet de comprendre l’urgence de briser les spirales d’échecs, de remettre en relation les hommes et femmes détenus.
« Il y a une urgence de l’instant, de rentrer en contact, de proposer quelque chose malgré les difficultés d’expressions, avec des gens qui n’ont aucun lien avec le théâtre«
Au début de ses interventions en prison, seuls les hommes du centre de détention participent à l’atelier. Au bout de la sixième année, les femmes les rejoignent, et la mixité fait éclater les cadres mis en place. Cela n’aurait pas été possible sans ces six premières années que Valérie Durin et les conseillers pénitentiaire passent à militer pour l’élargissement de la portée de l’atelier.
Depuis vingt ans, Valérie Durin cultive patiemment le terreau culturel bourguignon, jusque dans les lieux les plus fermés. Malgré les vents contraires des restrictions budgétaires, les graines semées ont pris racine. Les résultats attestent qu’avec constance et conviction, l’art peut éclore partout — et pour chacun.
